Hommage au capitaine N'tchoreré, mort en 1940 pour défendre la France contre la barbarie nazie.

Publié le par koumba.manonga.over-blog.com

 Pourquoi un hommage au capitaine N'tchoreré, ce valeureux officier gabonais, exécuté en 1940 par  les allemands et par extension aux Tirailleurs Sénégalais composant les troupes coloniales?

 

Cette question mérite d'être posée, car le sort réservé aux soldats et officiers africains pendant les deux guerres mondiales, est inquiétant.  Je le sais,  car j'ai eu mon propre grand-père, le caporal Koumba Bernard,de la classe 1939, qui a eu la grâce de revenir vivant et non mutilé, mais qui  n'a pas pu bénéficié de la hausse de sa pension d'ancien combattant, car ayant tiré sa révérence, plus tôt.  Je suis fier de lui et de tous ses compagnons d'armes. C'est pour eux que je dédie ces écrits.car l'Histoire officielle, parle très peu d'eux car même dans les manuels d'Histoire, rares sont leschapitres qui retracent, avec objectivité, le courage et le sacrifice consentis par ces braves combattants, baptisés cyniquement, ' Tirailleurs sénégalais". Le cas du premier officier gabonais, le capitaine Charles N'tchoreré, pour ne prendre que cet exemple, mérite qu'on s'y arrête un instant, pour comprendre qui était cet homme.

Charles N'tchoreré est né en 1896 à Libreville au Gabon, d'un père notable Mpongwé de l'Estuaire. Il fait ses études primaires et secondaires d'abord au Gabon,puis au Caméroun,où il est contraint, au terme de celles-ci, d'entrer dans la vie active. C'est ainsi, qu'il occupe un poste commercial au Caméroun. A la déclaration de la Grande guerre en 1914, il quitte la colonie allemande pour rejoindre son pays natal, le Gabon. En 1916, il se porte volontaire pour entrer sous le drapeau et aller au front. En 1918, c'est-à-dire, à la fin de la guerre, il choisit définitivement la carrière des armes. Distingué par son sérieux et son courage, il est promu adjudant en 1919, et prend part aux combats au Maroc.

Entré à l'Ecole d'officiers de Fréjus,dans le Var, en France, il en sort major en 1922. Désigné pour le Levant, le lieutenant N'tchoreré est gravement blessélors des opérations en Syrie. Il est cité en 1925,à l'ordre de la division et décoré de la Croix de guerre avec étoile d'argent.

Après un bref passage au ministère de la Guerre, il demande à partir pour le Soudan, et prend à Kati, le commandement de la compagnie hors-rang du 2e RTS, dirigeant parallèlement l'Ecole d'enfants de troupes.

Promu capitaine en 1933,il est affecté au au 1er régiment des tirailleurs sénégalais, à Saint-Louis du Sénégal, où il commande également l'Ecole d'enfants de troupes.

A la déclaration de la 2e guerre mondiale en septembre 1939, il demande à partir avec un bataillon de volontaires gabonais. Affecté au camp Souge, près de Bordeaux, il est envoyé sur le front de la Somme en Picardie au nord de la France, où il prend le commandement de la 7e compagnie du 53e régiment d'infanterie coloniale mixte sénégalais (RICMS).

Le 7 juin 1940, retranchés dans le village d'Airaines, près d'Amiens dans la région Picardie toujours, le capitaine N'tchoreré et sa compagnie,débordés par les assauts allemands,sont faits prisonniers, au terme des rudes combats. Pour avoir revendiqué d'être comme un officier, il est abattu à bout portant d'un coup de pistolet.

Pour son comportement digne d'un brave soldat, durant la campagne de France, le capitaine N'tchoreré est cité, à titre posthume, à l'ordre de la division en octobre 1940, puis à l'ordre du Corps d'armée en août 1954. Il est ensuite décoré, toujours à titre posthume, de la Croix de guerre en étoile de vermeil. En reconnaissance des services rendus et de son génie, l'Ecole des officiers ressortissants des Territoires d'Outre-mer( EFORTOM  Fréjus), a été baptisée, promotion capitaine N'tchoreré.

Un monument en mémoire du sacrifice et du courage de cet officier gabonais, mort pour défendre les libertés, la justice et la démocraties du peuple français et de la nation et des institutions françaises, contre les horreurs nazies, a été érigé dans le village d'Airaines près d'Amiens.

L'exemple de ce valeureux soldat , ainsi que plusieurs autres, montre que l'image des soldats africains, pendant les deux guerres mondiales, était  loin des clichés et des stéréotypes, qu'on leur collait dans les manuels d'Histoire de l'époque coloniale.

Il faut aussi tirer un coup de chapeau, aux dirigeants et au peuple français, qui sont en train de réhabiliter ces africains,alors que dans certains pays africains, les nouvelles générations, ignorent le parcours  réel et objectif et n'ont pas des souvenirs ou des monuments, symbolisant l'abnégation et le courage de ces aînés.

 

Bien entendu,les soldats africains qui sont  tombés sous les balles allemandes, pour sauver la France sont  légion.

Il ya par exemple, cette autre tragédie, survenue le 10juin 1940, c'est-à-dire, trois jours après l'exécution du capitaine N'tchoreré. Un bataillon entier de tirailleurs sénégalais,ainsi que leur chef, Bouquet, furent massacrés au bois d'Eraine. Al'origine, les allemands comptaient uniquement massacrer les soldats africains au prétexte,que ces soldats indigènes avaient mutilé de façon bestiale des soldats allemands. Indigné à la fusillade de ces soldats indigènes, exécutés et laissés sans sépulture, alors que les soldats français exécutés, eux aussi d'une balle dans la tête, étaient  sommairement inhumés sur place, leur chef de bataillon fut lui aussi fusillé.

Ce qui est déplorable, c'est qu'aucun texte officiel n'a été retrouvé qui ordonnerait les horreurs et les massacres perpétrés par les allemands sur les Tirailleurs sénégalais.

Un autre massacre des soldats indigènes s'était produit au lieu-dit "Vide Sac", à l'emplacement même du cimetière, le Tata Sénégalais. Là, 51 soldats sénégalais, tombent sous les balles allemandes, et leurs corps mutilés par les chenilles des chars d'assaut. Ces atrocités, selon les nazis, trouvaient à coup sûr, leur origine dans les stéréotypes du tirailleur "coupeur d'oreilles" , hérités de la Grande guerre( 1914-1918), stéréotypes axés sur la"honte noire " et les les théories racistes nazies.

Une note relative à la conduite à tenir à l'égard de certaines catégories de prisonniers, signée du colonel Nehring, chef d'état- major,de Guélerian, illustre cet état d'esprit: "Il est établi que les soldats français coloniaux ont mutilé de façon bestiale des soldats allemands. Envers ces soldats indigènes, toute bienveillance serait une erreur. Il est rigoureusement interdit d'envoyer ces orisonniers à l'arrière, sans garde.Ils sont à traiter avec la plus grande vigueur."

En conclusion, loin de la folklorisation qu'on a collé aux soldats africains, la mémoire collective, devrait plutôt voir en eux,  des soldats méritants, dignes d'être imités par les nouvelles générations de soldats et d'officiers africains post-indépendance, composant les armées indépendantes d'Afrique, qui brillent , dans la plupart des pays, plus par des coups d'état à répétition et des atteintes aux droits fondamentaux et à la confiscation des libertés individuelles de leurs concitoyens, provoquant, comme en République Démocratique du Congo, des exodes des populations, et une précarité continue et entretenue.

Pour rappel, la création des 1ers corps de tirailleurs sénégalais, date de 1857 sur ordre de Napoléon III et se termine en 1960, sous la 5e république par le Général De Gaulle. L'hymne national colonial est intitulé " Les Africains" et les paroles étaient:

" C'est nous les Africains/ Qui venons de loin/ Nous venons des colonies/ Pour sauver la Patrie(....) car nous voulons porter haut et fier/ Le beau drapeau de notre France entière/ Et si quelqu'un venait à y toucher/ Nous serions là pour mourir à ses pieds/ C'est nous les Africains/ Pour le salut de notre empire/Nous combattons tous les vautours..."

 

Vous  l'avez sans doute deviné, le rêve impérial français correspond au cycle napoléonien fin XVIII et XIX e siècles.

 

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